C'est pas le poney qui prend la mer [...]

Une fiction écrite par Shamanchien.

Chapitre X: Je viens d'ici et par tous les chemins, j'y reposerai.

Avon avançait en avant du groupe, courant en tout sens, remuant la queue d'excitation. Régulièrement, Startail lui lançait une balle de chiffon que le chien se faisait une joie de rapporter. Le sentier serpentait le long de la côte ; on n'était jamais à plus de quelques dizaines de mètres des flots. Et c'était plutôt inquiétant, car la distance se mesurait sur l'axe des hauteurs et non des abscisses ou des ordonnées. En clair, depuis quelques lieux, ils avançaient en un dangereux jeu d'équilibriste sur le bord d'une falaise surplombant la mer. Les quelques dizaines de mètres les séparant des flots se feraient en ligne droite et dans la direction du bas.

Le vent s'était levé. Il soufflait de l'ouest, du grand large. Au moins, il ne pleuvait pas. La petite troupe ne pouvait qu'avancer à la file indienne tant le sentier était étroit.

En tête venait Startail et Avon suivi de Scootaloo. Les deux poulains discutaient avec enthousiasme de trottinette et tout autre moyen de se déplacer autrement que par ses propres sabots.

Juste derrière se tenait Rainbow Dash. De temps en temps, elle se permettait un commentaire dans la discussion animée entre les deux poulains qui la précédait, mais la plupart du temps, elle restait concentrée sur ce qui l'entourait. Son instinct de pégase la titillait depuis qu'ils avaient quitté le couvert des bois. Elle n'arrivait pas à mettre le sabot dessus, mais quelque chose n'allait pas. Ce n'était pas quelque chose de "mauvais", non, plutôt quelque chose "d'anormal". Le vent aux relents iodés lui fouettait le visage et cela l'excitait. Elle ne savait pas le pourquoi ni le comment, mais elle s'en fichait.

La suivante dans l'équipée était Twilight Sparkle. La princesse d'Equestria et apprentie modèle de Celestia n'en menait pas large. Elle avait plusieurs fois tenté d'engager la conversation avec le dernier membre de l'expédition, Astro. Peine perdue. Big Mac était plus bavard, c'était dire.

La situation dans laquelle elle se trouvait ne la rassurait pas plus que ça ; non qu'elle ait le vertige, mais elle trouvait tout ça bien trop dangereux. Que Rainbow ne réagisse pas, ça allait presque de soi. Elle était une pégase et au moindre problème s'envolerait en un tir d’aile. Scootaloo était tout simplement trop insouciante pour se rendre compte de la situation. Mais que leurs deux hôtes trouvent normal de passer par là... Comment un poulain à peine plus âgé que les “Chercheuses de Talent” pouvait-il utiliser ce sentier de façon régulière ? Par endroit on passait à moins d’un mètre du vide. C'était de l'inconscience, pire l’aîné devait être complètement irresponsable de laisser faire.

Pourtant, Madame Soccer ne semblait pas quelqu'un de particulièrement permissive. Comment pouvait-elle laisser ces deux étalons prendre de tels risques? Et sans raison valable en plus !

« On est arrivés » annonça Startail, tirant Twilight de ses réflexions.

Levant le museau Twilight pu voir un portique perçant un mur de pierres sèches. Il devait bien faire dans les deux à trois mètres de hauts. Il marquait l'entrée d'un vaste enclos entièrement délimité et ombragé. La mousse et les lichen donnaient à la pierre une teinte vert olive. Deux imposants cyprès étaient plantés de parts et d'autres de l'entrée. À l'intérieur de l'enclos, nul bâtisse ou maison, mais des stèles en pierre sculptées et gravées. Le sol était dégagé, pas de ronce ou de buisson, mais un gazon bien entretenu et de nombreux massifs et plantes en pot.

« Mais... Mais c'est... C'est un... bégaya Twilight.

- Un cimetière, oui, vous n'en avez jamais vu ? La coupa Astro.

- Mais je croyais que…

- Vous croyiez quoi ? Lui rétorqua l'étalon noir, Mam' Soccer est la seule famille qu'il nous reste ici, pour mon frère et moi.

- Bonjour papa, bonjour maman, fit Startail en déposant les fleurs cueillies la veille avec les Chercheuse de Talent devant l'une des tombes

- Je... Je ne comprends pas bredouilla l'alicorne.

- Bon, je vais vous expliquer, venez, lui répondit Astro. Startail, cria-t-il à l'attention de son frère, je te laisse l'entretien, il faut que je cause avec la Princesse. Seule par contre rajouta-t-il à destination de Rainbow Dash.

- C'est pas juste, c'est toujours moi qui fais les corvées ! râla le poulain.

- Fais-le et je te couvre pour tout le mois pour tes excursions à la Pointes des Brisants.

- Ok, deal

Durant le bref échange entre les deux frères, Rainbow s'était rapprochée de son amie et lui glissa à l'oreille.

“T'es sûre que c'est bon Twili ?

- Changement de plan, je m’occupe de l'aîné, tu t’occupes du cadet.

- Bien, si y’a quoi que ce soit, tu cries.

- Bon, par ici maremoiselle, dit Astro.

Astro et Twilight s’éloignèrent de quelques pas. Le visage de l'étalon était fermé et dur.

« Bon que voulez vous savoir princesse ?

- Et bien... Pour commencer pourquoi Startail appel t-il Den sa mère, alors qu'il vient de déposer des fleurs sur la tombe de ses parents ?

- Startail s'est retrouvé orphelin très tôt. C'est naturellement que Mère l'a adopté comme son propre fils et que je le considère comme mon frère.

- Il sait donc que Maredame Soccer n'est pas sa mère ?

- Vous avez l'art d'enfoncer les portes ouvertes vous ! Bien sûr qu'il le sait. Cela n’empêche pas Mère de l'aimer comme un fils et qu'en retour, lui l'aime comme sa propre mère. On dirait que cela vous semble impossible à concevoir pour vous, les gens de la ville.

- Non, c'est juste que... La façon que vous avez d'exprimer vos sentiments surprend, c'est tout. N'y voyez aucune critique, juste de la surprise.

- Hum »

Le visage d'Astro se détendit un peu. Si son regard restait sévère, il affichait une mine moins renfrognée.

« Mais vous avez toujours été trois ? demanda Twilight.

- Mère parle peu du passé. Mais non, nous n'avons pas toujours été trois. Il y avait mon oncle Chise et Papa Hook.

- Vous aviez un oncle ?

- En fait mon grand oncle, un charpentier de génie, c’est lui qui a fait les meubles du salon, et la plupart des objets en bois que nous avons. Il repose ici depuis trois hivers.

- Mes condoléances.

- Le grand âge, on y peut rien.

- Et votre “papa”?

- Hook? En fait il, était un des frères de mon père, mais c'est lui qui m’a élevé. Un jour, il est parti pour ville, il y allait une fois par an. Cela déplaisait beaucoup à Mère. Il me ramenait toujours un petit cadeau. Une année, il est parti plus tôt dans la saison que d'habitude. Il y eut une grosse tempête. On ne l'a jamais revus. Plusieurs années plus tard, j'ai retrouvé un fragment de quille de son navire. Rien qui ne permet d'être sûr à cent pour-cent, mais je suis persuadé que c'est le sien.

- Mes condoléances.

- Vous vous répétez. Vous savez ça remonte à près de dix ans maintenant. J'ai fait mon deuil.

- Et il n'y avait personne d'autre ?

- J'ai bien au fond de la mémoire une vieille jument en noire, ma grand-mère, elle illuminait pour moi la maison en rondin que la mer a rongé, au-dessus ce cimeterre où sa tombe s’est alignée.

- Votre grand-mère ?

- Oui, elle nous a quittés, je devais avoir la moitié de l'âge de vos trois pouliches. Son grand âge, elle aussi, a fini par la rattraper. C'est flou sur beaucoup de points, mais elle me racontait combien notre communauté était pleine de vie.

- Mais qu'est qui s'est passé

- ?Comme je vous l'ai dit Mère n'aime pas en parler, mais avant ma naissance une terrible épidémie a décimé notre village. Il n'y qu'à voir toutes les tombes et les dates de décès : en l'espace de deux, trois ans plus d'une cinquantaine. Et tous, ou presque, sont morts jeunes. Parfois, des familles entières. Une vraie hécatombe. Si j'ai bien compté, la plupart étaient des gens de la génération de Mère. On peut comprendre que cela l'ait affectée. Par décence, je ne lui ai jamais posé de question sur ce sujet.

- Ça dut être terrible pour elle de...

- Je peux comprendre votre curiosité, mais je vous demanderai de laisser Mère avec vos questions sur ce sujet.

- Je peux quand même continuer à vous interroger ?

- Au point où l'on en est, oui, allez-y

- D'abord pourrait-on se tutoyer ?

- Mère affirme qu'il faut soit être des poulains, soit être particulièrement intime pour se tutoyer ou alors c'est qu'on est est vulgaire et mal éduqué. »

Twiligth pouffa, comment pouvait-on être aussi coincé et rétro ? Si on pouvait, il suffisait de passer une journée avec la Princesse Luna.

« Vous vous gaussez de moi ! Gronda Astro

- Non, non, c'est juste que je trouve vous trouve parfois étrange, votre façon de parler est si vieillotte.

- Hum, soit, j'y concède

- Hein ?

- J'y concède, à ce que vous me tutoyez

- Oh, merci, mais dans ce cas ça doit être réciproque !

- Eh soit, puisque vous, enfin, tu insistes.»

Le pauvre étalon avait pris une teinte rouge brique, il avait complètement quitté son attitude fermée et autoritaire. Twilight sourit en voyant cet air si penaud.

« Tu as l'air de bien connaître ce cimetière, reprit l'alicorne.

- Oui, j'ai compté 228 noms différents répartis sur 34 tombes. Six ne comptent qu'un seul nom et sont des tombes individuelles. Elles sont parmi les plus anciennes. J'en ai déduit qu'elles remontent à la première génération d'habitants et qu'elles appartiennent à des poneys qui n'ont pas fait souche. Le reste, ce sont des caveaux familiaux. D'après les liens de filiation et les dates, j'estime que moi et Startail seront la cinquième génération à être enterrée ici quand notre heure viendra.

- C'est particulièrement glauque comme pensée !

- Oui, mais c'est ainsi. Je continue : sur le reste des vingt-six tombes se répartissent douze noms de familles différents. Dès la deuxième génération, on voit la disparition d'un des patronymes. Puis un deuxième à la quatrième.

- Mais pourquoi donc ?

- Pas de descendance ou alors que des juments.

- Logique.

- La grande épidémie qui a décimé notre communauté fausse la suite. Il y a une trentaine d'années, plus des neuf dixièmes de la population disparaissent, il ne restait plus que des personnes âgées, trop vieilles pour avoir des enfants et repeupler le village. Ils se sont tous progressivement éteints dans la décennie qui a suivi.

- C'est triste... Attend, tu viens de me sortir tout ça de tête ?

- Oui, il n'y a rien d'exceptionnel à ça, je le fais presque tous les jours. C'était facile, il n'y avait que des données, aucun calcul. Les chiffres, c'est enfantin à retenir.

- Tu le fais souvent ?

- Oui, je récolte les données, les analyse puis je tente d'en déduire une hypothèse. Si elle se vérifie au moins trois fois, j'estime que l'on peut en faire une règle générale.

- Mais qu'est-ce que tu analyses ?

- Et bien, j'ai essayé plein de choses, mais les seuls trucs qui semblent avoir une certaine rigueur ce sont les étoiles. En plus c'est aisé à mesurer et avec elles, on n’est jamais surpris.

- Les étoiles ? Tu étudies les étoiles ?

- J'avoue qu'avec la météo qu'on a ici ce n'est pas toujours facile, mais on fait avec. Si tu le souhaites, je te montrerai ce soir mon observatoire et mes recherches. Avec les entrées maritimes, on devrait avoir une nuit déga…

- Hé! Toi ! Rainbow Dash revenait vers le duo, visiblement très énervée. Enlève ta veste de suite !

- Je ne vous le permets pas…

- Rainbow, je ne crois pas que... tenta Twilight.

- Fait le et vite !

- Je ne vois en quoi... »

Astro n'eut pas le temps de finir que Rainbow se jeta sur lui. La lutte fut brève. D'abord surpris l'étalon roula au sol. La pégase avait l'avantage. Elle en profita pour le plaquer au sol et attraper de sa bouche le col de la veste qu'elle déchira d'un geste ample de la tête. Profitant de l'ouverture Astro projeta son agresseur avec ses sabots arrières. Rainbow retomba lourdement au sol, déjà son adversaire se ruait sur elle, la plaquant à son tour

« Rainbow, Astro ! hurla Twilight. Arrêtez ! Mais arr... Mais Astro ! Tu as des ailes !

- Yep, c'est un pégase souffla Rainbow »

Sous les lambeaux de vétement, on pouvait voir une paire d'ailes atrophiées et nouées au corps par une sangle de cuir.

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Note de l'auteur

Note: Bon, il me fallait bien justifier le tag triste.

Une question pour les lecteurs, comme pour le chapitre précédent le titre de ce chapitre vient d’une chanson de variété française. J’en ai repris une paire de strophes dans le corps du texte. Laquelle est ce?

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MisterX
MisterX : #49201
En lisant jusqu'ici, j'ai constaté pas mal d'oublis en corrigeant des phrases ou des retours à la ligne manqués. Mais à part ça, pour le récit, rien à redire. C'est très bien raconté, l'ambiance est là, et le récit suit son rythme. Je suis curieux de voir la suite. ^^
Il y a 2 mois · Répondre

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